Quand les élèves de l’atelier impro’ se comportent comme des pros !

par Eugénie Chalier-Clévy

Par cet article, je tenais à ce que nous nous arrêtions un instant sur eux... sur ces élèves que nous sommes malheureusement davantage habitués à croiser chez les CPE qu’en classe...

Perdus, perplexes, dépassés...ils souffrent derrière les apparences, leur franc-parler parfois grossier en guise de carapace, ou leur phobie scolaire en confidence..soit invisibles, soit trop visibles pendant ces heures de cours qu’ils « perturbent », selon les dires. Mettons-nous à leur place : parce qu’ils ne parviennent plus à suivre, parce que leur estime d’eux-mêmes est au plus bas, ils « amusent la galerie » pour être vus autrement que par leurs mauvaises notes et leur sentiment permanent d’échec scolaire, pour exister. Ils s’y prennent maladroitement pour crier leur différence : retards accumulés, absences répétées, insolence, croix et heures de colle à n’en plus finir sont leur langage courant. Souvent incompris, ils se retrouvent à la porte du savoir, devant une salle de cours qui ne les accueille plus et laisse sur eux des séquelles humiliantes qu’il faut guérir avec précaution, pas à pas, mot à mot...

Or quand ces élèves là prennent du plaisir au collège et brillent littéralement sur scène sous le regard de personnes bienveillantes venues les découvrir autrement, cela donne une énergie indestructible et tellement de sens à nos recherches, à nos essais, à nos doutes, à ce que l’on tente de semer comme on peut au quotidien.. 🌱..☀️..🌳

Quand l’une de ces élèves se met à jouer du piano sur l’application Garageband, suivie par un vrai guitariste qui l’accompagne en douceur, les frissons naissent et l’enseignement prend sens.

Quand tous jouent le jeu en se mettant sur leur 31 pour accueillir des parents heureux et soulagés de ne pas être convoqués pour un énième problème de discipline, la joie inonde la salle !

Il faut savoir qu’ils font de l’improvisation depuis trois mois à peine et que leurs progrès sont déjà flagrants. Le jour de cette (re)présentation, les élèves ont dû faire des échauffements ludiques, complexes mais aussi répondre aux thèmes proposés par le public en faisant de véritables improvisations. Pensons aussi à la création d’une histoire à trois voix, face à nous, ou encore à la transformation d’un espace vide en salon meublé (en essayant de ne pas traverser le lavabo imaginaire qui a été disposé par le camarade précédent par exemple !). Ces exercices requièrent de la concentration, de la logique, une certaine cohésion entre eux, mais aussi une franche vivacité d’esprit, de la finesse et de la répartie, qu’ils ont tous.

Alors un immense bravo à Edouard, Lina, Lukas (venu alors qu’il était blessé), Valentin, Keryan, Jassem, Julien, Alexandre qui ont été très attentifs, merveilleux, surprenants, soudés...bref, méconnaissables !! N’oublions pas Jade qui n’a pas pu venir mais le désirait, Alicia, Julien C, Enzo, Mathis L. et Rebecca qui ont également participé à cet atelier du lundi midi.

Merci à l’intervenant, Monsieur Baussand, pour son travail avec eux tous et sa patience légendaire, à Madame Sinson pour son implication dans ce projet. Merci également (et évidemment) à M. Di Pietro et Mme Venuat pour leur confiance, à Mme Laulier et au FSE géré par M. Angevin de nous avoir permis d’organiser ce beau projet. Merci également au GPDS (Groupe de Prévention au Décrochage Scolaire) et à Mme Mandeville d’avoir contribué à la naissance de ce projet théâtral. Enfin, merci aux professeurs qui ont accepté que ces élèves ratent une demi-heure de cours pour se consacrer pleinement à cet atelier, et aux assistants d’éducation, aux parents et aux collègues venus soutenir ces élèves qui ont besoin de reprendre confiance en eux, et dans le collège...

Mme Chalier pour l’équipe du GPDS.